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Le coût du service obligatoire février 2, 2007

Posted by Bastien in Economie "sociale", Uncategorized.
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la-faim-du-pauvre-nb2.jpgL’économie française, comme toutes les économies du globe, a connu de nombreux bouleversements depuis trente ans : chocs pétroliers, révolutions technologiques, mondialisation… La plupart des pays ont su relever le défi et s’adapter à ces changements. Ça n’a pas été le cas de la France. Nostalgiques, les Français ont préféré défendre leurs acquis et leurs statuts hérités des Trente Glorieuses, mais le monde ne s’est pas arrêté pour eux.

Les premières victimes de ce refus d’évoluer ont été ceux qui, arrivant sur le marché du travail, n’avaient ni acquis sociaux, ni statut, c’est-à-dire essentiellement les jeunes. Ces dix dernières années, l’écart de revenu entre les moins de trente ans et leur aînés s’est accru au profit de ces derniers. En septembre 2006, le taux de chômage des moins de vingt-cinq ans était de 21,6% et quand les jeunes occupent un emploi, il s’agit souvent d’un emploi temporaire ou à temps partiel. Ces difficultés d’insertion ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un choix politique.red-army.jpg

Les échéances électorales de 2007 vont être l’occasion de proposer de nouveaux choix politiques. De nombreux candidats aux présidentielles et aux législatives se sont prononcés en faveur de l’instauration d’un service civil obligatoire. L’objectif annoncé de ce service civil est d’imposer la mixité sociale et la participation à la vie de la nation. En fait, il s’agit de faire travailler les jeunes pendant six mois dans une association ou une administration à un salaire dérisoire. Encore une fois, les jeunes vont faire les frais du refus de leurs aînés d’engager les réformes qui permettraient à tous de participer à la vie du pays en occupant un véritable emploi.

Les coûts de la mise en place d’un service civil obligatoire sont multiples. Il y a évidemment le coût direct déboursé par l’Etat. L’amiral Béreau, ancien inspecteur général des armées, a estimé le coût d’un service civil obligatoire s’inspirant du système allemand. Selon son scénario, 300 000 jeunes seraient en service en permanence. En supposant un service de six mois et une rémunération de 350 euros pour chaque jeune, l’amiral estime le coût de fonctionnement annuel du service civil obligatoire à trois milliards d’euros auxquels il faudrait ajouter deux milliards d’euros pour la création des infrastructures. En tout, c’est donc cinq milliards d’euros que l’Etat devrait trouver. Pour comparaison, le budget de la Justice pour l’année 2006 était de 5,9 milliards d’euros.

Ce montant, si important soit-il, n’intègre pas les coûts indirects que ne manquera pas d’induire le service civil obligatoire (SCO). Pour commencer, les jeunes devraient quitter leur emploi ou leurs études pour effectuer le service civil obligatoire. Une coupure de six mois ne sera pas sans conséquence sur l’insertion professionnelle des jeunes. Pour les étudiants, cela signifie quitter l’université pendant un an. Les candidats à la présidence ont effet oublié qu’une année universitaire, comme son nom l’indique, dure une année et non six mois. Pour les jeunes travailleurs, le SCO implique de facto la perte de leur emploi. Inutile de se faire des illusions ! Les entreprises anticiperont le départ en SCO et refuseront d’embaucher en CDI, voire d’embaucher tout court un jeune devant effectuer son service dans un avenir proche. Dans le meilleur des cas, l’embauche se fera donc en CDD avec à terme le SCO, puis le chômage.

Par ailleurs, quelle sera la valeur sur le marché du travail d’un jeune coupé du monde professionnel pendant six mois ? Toutes les études économiques montrent que la probabilité de trouver un emploi diminue avec la durée d’inactivité. Bref, si nos dirigeants voulaient accroître le taux d’échec à l’université et compliquer l’insertion professionnelle des jeunes, ils ne s’y prendraient pas autrement. Tout le monde sait pourtant que la France est loin d’être un modèle dans ces deux domaines !

Les candidats à la présidence semblent avoir oublié un autre point majeur : existe-t-il en France 300 000 postes à pourvoir dans les administrations et les associations ? N’est-il pas contradictoire de vouloir embrigader une partie de la jeunesse dans l’administration au moment où il est question de réduire le nombre de fonctionnaires pour ramener la France au niveau de ses voisins européens ?

Dans l’administration, comme dans le monde associatif, les jeunes prendront des postes occupés aujourd’hui par des professionnels. Ces derniers iront pointer aux Assedic. C’est précisément ce que faisait remarquer un rapport du Sénat il y a quelques années. De plus, ces jeunes ne pourront pas acquérir en six mois l’expérience des professionnels. Enfin, le salaire dérisoire et l’impossibilité d’effectuer l’emploi de leur choix ne peut que démotiver nombre d’entre eux. Comme les Russes sous l’empire soviétique, ils pourront dire : « Ils font semblant de nous payer, faisons semblant de travailler. » Au bout du compte, les associations et l’administration ne peuvent qu’y perdre en professionnalisme.

Le coût économique du SCO est élevé. Pour le budget de l’Etat, mais aussi indirectement pour les jeunes qui y perdent six mois de leur vie et une partie de leurs chances d’insertion professionnelle. Tout cela pour quels gains ? Pour inculquer le sens des valeurs à la jeunesse, et pour permettre le brassage social, nous explique-t-on.

Nos élus semblent avoir oublié qu’en son temps, le service militaire avait déjà ces deux objectifs. C’est en partie parce qu’il avait été incapable de les remplir qu’il fut supprimé. En effet, les jeunes en difficulté étaient rapidement exclus du reste de la troupe. Quant aux fils des classes privilégiés, ils effectuaient leur service dans l’Etat-major, en coopération, ou dans une ambassade, ce qui finalement leur permettait une promotion sociale plus rapide que les autres conscrits.

Nul doute qu’il en sera de même pour le SCO ! Les associations ont d’autres missions que celle de remettre dans le droit chemin les jeunes en difficulté, et les « privilégiés » auront toujours le privilège de faire leur service dans une ONG à l’étranger.

Le SCO n’est donc rien d’autre qu’un nouveau boulet que les imacorporate-wage-slave.jpgjeunes et l’économie française devront tirer. Si les candidats à la présidence souhaitent véritablement améliorer le brassage social et la participation des jeunes à la vie de la nation, il existe une solution moins coûteuse et plus efficace : un emploi ! Le travail reste encore le meilleur moyen de s’intégrer dans la société et de sortir de son milieu d’origine. Il est vrai que pour cela, il faudrait enfin s’attaquer aux réformes que la France refuse depuis trente ans, pour préserver les acquis d’une partie de la population qui n’aura pas à subir le SCO.

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